Le Haiku nous vient tout droit du Japon. C’est une forme de poésie japonaise très courte mais intense.

Une grande partie de ce blog est consacré aux haiku et pourtant je n’ai rien écrit de concret à ce propos. Je souhaite donc y remédier et vous raconter le haiku tel que je le vois.

Pour des raisons qui me sont propres, je n’utilise pas l’orthographe “haïku” et n’accorde pas le mot au pluriel (haikus). En effet, en japonais j’ai pour habitude d’écrire le mot haiku ainsi “ha – i – ku”, et je souhaite le laisser tel quel.

 

Photographie haiku kanji Japon

 

L’ancêtre du haiku remonterait à plus de mille ans.

Si je me réfère au très bon livre Bashô Seigneur ermite – L’intégrale des Haïkus de Makoto Kemmoku et Dominique Chipot (reçu mi-août, j’étais heureuse !), on parle tout d’abord du Kata-uta (片歌) qui disparait aux environs du 8ème siècle.
Ce Kata-uta est décrit comme un chant en une partie (歌 signifiant chanson en japonais), et composé de 5-7-7 mores.

Entre le Kata-uta et le Haiku, beaucoup de temps s’est écoulé et beaucoup de formes poétiques diverses ont vu le jour.
C’est finalement le poète Masaoka Shiki, qui, au 19ème siècle, crée le haiku.

Mais du haiku, on retiendra surtout le nom de Matsuo Bashô, maître haijin incontesté (俳人 personne qui écrit des haiku).

 

D’ailleurs vous devez sûrement connaître ce haiku-ci, de Matsuo Bashô, très célèbre :

古池や蛙飛こむ水の音

Un vieil étang
Une grenouille plonge
Bruit de l’eau

 

Ceci dit, je dois avouer préférer la traduction du livre Bashô Seigneur ermite – L’intégrale des Haïkus.

Vieil étang –
une rainette y plongeant,
chuchotis de l’eau

Chacun trouvera de toute façon sa préférence dans telle ou telle interprétation.

 

J’aime beaucoup Matsuo Bashô. Ses images sont relativement simples mais la technicité qu’il apporte aboutit à un très bel équilibre. En bref, ses haiku sont très beaux !

Un de mes plus grands coup de coeur :

いざさらば雪見にころぶ所迄

Allons admirer la neige
jusqu’à cet endroit
où nous tomberons

 

 

Photographie poésie japonaise haiku Japon

 

Hé, hé, moi aussi j’écris des haiku !

L’envie m’a pris comme ça, début janvier 2015. Ca devait sûrement cogiter quelque part dans ma tête, et un jour je me suis attelée à l’écriture de mon premier haiku.
Un second est arrivé en février. Poussée par mon entourage, je l’ai envoyé au journal Asahi Shinbun. Et j’ai été publiée. En général ça n’arrive qu’aux autres, mais cette fois-ci, c’était pour moi.

Depuis je continue, et j’ai à nouveau été publiée en août (il y a 2 semaines).

 

Pas de doute, j’adore ça.

 

Alors le haiku, c’est quoi pour moi ?

N’ayant jamais appris les bases du haiku, n’ayant jamais suivi quelque méthode de construction d’un haiku, l’interprétation que j’en est, est sûrement très personnelle.
Quand j’ai voulu écrire des haiku, mon entourage m’a seulement dit qu’il fallait obligatoirement un kigo (季語 mot de saison) et que c’était composé du rythme 5 – 7 – 5.
Le reste : enjoy !

 

On parle parfois de mot de césure obligatoire kiregi (切れ字), mais celui-ci n’est pas obligatoire. Selon ce que l’on veut exprimer on peut les utiliser, mais il faut que leur usage reste raisonnable.
Autant Matsuo Bashô en utilisait beaucoup, autant actuellement on peut s’en passer. Cela reste à l’appréciation de chaque auteur.

J’ai personnellement mis énormément de temps à apprivoiser l’usage du “kana” (かな qui est un kiregi). Ca ne me parlait pas vraiment. Et puis, c’est arrivé. Sur un haiku avec beaucoup de ressentis. Pouf. C’est venu tout seul.

 

Photographie haiku culture japonaise Japon

 

Il faut dire que j’écris surtout des haiku sur la nature.

On m’a souvent dit d’écrire des haiku en voyage. Comme Matsuo Bashô.

Mais je ne peux pas. Et c’est en ce sens que je m’éloigne de la vision du haiku que certains peuvent avoir.

 

Mes haiku existent pour voir ce que je ne peux pas voir de mes yeux.

 

Ce que je peux voir de mes yeux, je le regarde, je l’enregistre, je le garde quelque part. C’est mon souvenir et il existe.
Je ne me sens pas l’envie d’écrire sur quelque chose qui existe dans ma tête. J’aurai sûrement trop peur de ne pas réussir à le décrire aussi bien que je l’ai vu.

On me demande toujours “est-ce que tu as vu cette aigrette à Hokkaido ?”, “où est-ce que tu as vu ces méduses ?”, “tu as vu une voie lactée en France ?”.

Et ma réponse est toujours Non. J’ai vu tout ça dans ma tête. Je l’ai imaginé, et je l’ai couché sur papier afin que toutes ces images existent à leur tour.

 

Et le regard des personnes qui ont vu la même chose que moi en lisant mes haiku, c’est magnifique.

 

C’est cela le haiku pour moi.

 

Mes haiku publiés :

雪静小鷺の羽音流れ水

Ma traduction personnelle (étonnement c’est plus facile pour moi d’écrire en japonais qu’en français) :

Neige paisible
battement d’ailes d’une aigrette
eau ruisselante

 

永遠の碧くらげのワルツ海に星

Ma traduction personnelle :

Bleu infini
la valse des méduses
comme des étoiles dans la mer

 

Au plaisir de pouvoir partager de nouveaux haiku avec vous !

 

Emilie

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